lundi 8 septembre 2014

Être dans sa bulle (1ère partie)


Nous possédons deux bulles, l’une physique, l’autre mentale. La première est la kinésphère. C’est l’espace accessible au corps et ses membres, autrement dit, l’espace personnel. L’autre bulle, elle, est psychologique. Elle désigne tout simplement la sphère mentale de la concentration.


La bulle physique - espace et agressivité

Lorsque quelqu’un est trop près de nous, on dit qu’il entre « dans notre bulle ». C’est dans notre espace personnel qu’il s’immisce. Contrairement aux rapprochements désirés, conviant à l’intimité des corps et des âmes, l’intrusion de l’espace personnel, elle, est vécue comme un envahissement, voire une agression. Source potentielle d’affrontement et de violence, espace et agressivité sont intimement liés. La survie en dépend.

Chez les primates en général, délimiter l’espace de chacun est fondamental. Instinctivement, le territoire occupé par un membre en dit long sur sa place dans le clan, c’est-à-dire son rang, son statut social, ses ressources, et ultimement sa force et ses habiletés physiques. Réels ou potentiels, les affrontements sont étroitement liés à l’empiètement du territoire. C’est l’instinct de survie qui entre en lice. 

La riposte elle-même implique une expansion de l’espace comme le gonflement de la posture par exemple. Amplifier l’espace personnel crée l’apparence d’une menace plus forte, plus imposante. Cela signale sa capacité à se défendre et surtout sa volonté à mener une chaude lutte. À lui seul, ce réflexe somatique de défense et de protection suffit bien souvent à effrayer son adversaire, permettant ainsi d’éviter un combat, une conduite risquée et énergivore pour toutes les espèces.

En tauromachie, où le toreador s’oppose à la bête, c’est dans et par l’espace que le courage et la force de chacun se mesurent. Le territoire du taureau étant clairement établi, les repères spatio-temporels sont cruciaux. Un faux-pas vers l’arrière indique la peur, la faiblesse, l’impuissance, alors qu’un seul centimètre entre la corne et l’artère, lui, peut s’avérer fatal. Dans ce sanglant pas de deux, l’espace est littéralement une question de vie ou de mort, celle-ci attendant généralement le perdant (voir aussi Le poing victorieux vs coléreux).

En fait, toute forme d’affrontement, d’agression et même d’abus passent nécessairement par l’envahissement de l’espace, soit par surpopulation, soit par désir de conquérir le territoire de l’autre. La guerre a toujours été une question d’occupation du territoire de l’ennemi, et ultimement, l’acquisition de ses biens, de ses ressources et de son pouvoir.

L’intimidation repose elle aussi sur ce principe puisqu'il s’agit d’un acte délibéré d’intrusion. L’intimidateur s’immisce toujours dans l’espace personnel de sa victime en s’approchant d’elle, en entrant « dans sa bulle » afin de semer la peur et la crainte. Et maintenant que l’espace personnel se projette également dans le virtuel, il est désormais possible d’« entrer en contact », d’« atteindre » l’espace intime de l’autre par la voie du cyberespace.

Sphère personnelle, territoire, intimité ou agressivité, tout peut se jouer en l’espace d’un instant.