lundi 15 décembre 2014

Le cœur et l’attachement


Se séparer de ce que l’on aime serre le cœur. Cette douleur, ce pincement ressenti, émane de la rupture du lien affectif. Siège de l’amour et de l’affection, le cœur est l’organe privilégié de l’attachement.

La relation entre le cœur et l’affectivité a été observée quatre siècles avant notre ère. En Grèce Antique, on croyait alors que le thymus, un organe glandulaire situé dans la région cardiaque, était le « siège des passions », des émotions et des sentiments humains, d’où la présence des termes thymiques en médecine, comme les troubles thymiques, c’est-à-dire de l’humeur, ou l’alexithymie (difficulté à exprimer verbalement les émotions).

Central au fonctionnement de l’organisme humain, le cœur est un organe moteur. Ses battements continus assurent la circulation du sang vers les artères et les vaisseaux sanguins, un flux vital pour toutes les cellules du corps, et son rythme est par ailleurs influencé par nos émotions et sentiments. Nos relations avec les autres affectent directement les mouvements du cœur.

Pour illustrer, l’ocytocine, une hormone jouant un rôle prépondérant dans l’établissement d’un lien affectif, induit un ralentissement des fréquences cardiaques. Sécrétée entre autres durant le coït et l’accouchement, cette hormone (ou neurohormone) apparaît également lors de gestes affectueux comme les câlins, l’étreinte des corps, et même dans la relation intime qui règne entre un chien et son maître.

L’amour, on le sait, fait battre les cœurs (parfois même à l’unisson). Cela est aussi vrai pour la joie, la peur, le désir, l’attirance sexuelle ou toute forme d’excitation physiologique stimulant l’organe battant, accélérant son rythme, voire provoquant des palpitations.

Siège de la bonté et de la générosité, comme dans les expressions avoir le cœur grand ou la main sur le cœur, le cœur est l’organe tout indiqué pour apprécier les joies de l’amour, de l’amitié et de l’attachement. Il est sensible aux plaisirs de tisser des liens avec les autres, ou encore de les renouer, ainsi qu’aux bonheurs qu’apportent support, entraide, tendresse et affection.

À l’inverse, les pertes et les séparations brisent le cœur. On a le cœur gros, lourd ou déchiré suite à une douloureuse séparation, amoureuse ou amicale. Cette douleur surgit de la rupture du lien affectif. S’ensuit un pénible et éprouvant processus de deuil, mêlant colère et tristesse à la douleur corporelle, qui a pour fonction le détachement.

Même le vide laissé derrière, cet espace vacant causé par la disparition de l’être cher ou de l’objet affectionné, arrache le cœur. Incontestablement, l’absence et le manque sont des phénomènes bien réels dans le langage du cœur. Pour cela, toute perte ou séparation imminente est précédée de l’angoisse de séparation.

En somme, outre les deux cerveaux, l’autre grande région du corps humain à laquelle il faut porter attention est celle du cœur. Car « le cœur a des raisons que la raison ignore ».